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Perte de données : que vaut le chiffre de 80 % de faillites ?

Mis à jour le · sources en fin d’article

Ce chiffre a une origine traçable, mais aucune étude derrière lui. Le Sénat le reprend en 2021 en l’attribuant à l’assureur Hiscox ; en remontant, on trouve une déclaration d’un responsable de Hiscox France à la presse, et non une donnée de son rapport 2020, qui ne contient aucune statistique de faillite. C’est un ordre de grandeur de praticien, pas une mesure. La conclusion utile n’est donc pas qu’il faut avoir peur, mais qu’il faut vérifier une chose précise — la dernière fois qu’une restauration a réellement été testée.

01 D’où vient ce chiffre

La partie que les reprises de ce chiffre omettent presque toujours.

Ce chiffre est cité depuis des années dans la presse professionnelle et par les prestataires informatiques — nous l’avions nous-mêmes mis en titre sans nuance. Il mérite qu’on dise ce qu’il vaut.

Sa filiation la plus solide en France passe par le rapport d’information du Sénat n° 678 de juin 2021, qui le reprend en l’attribuant à une étude de l’assureur Hiscox. En remontant, on tombe sur une déclaration d’un responsable de Hiscox France à la presse, à l’été 2020, et non sur une donnée du rapport Hiscox 2020, qui ne contient aucune statistique de faillite. Le Sénat lui-même note que ces faillites sont « très peu documentées ». Il ne s’agit donc ni d’une statistique officielle, ni d’une mesure : c’est un ordre de grandeur avancé par un praticien de l’assurance.

Trois précautions à garder en tête. Le périmètre n’est pas défini : la déclaration d’origine parle de données perdues, sans dire lesquelles ni comment elles ont été comptées. La population observée est celle des entreprises sinistrées, pas l’ensemble des entreprises. Et la causalité est plus complexe qu’un enchaînement direct : une entreprise qui ferme après une perte de données cumulait souvent d’autres fragilités.

En l’absence de méthode et de population définie, on ne peut ni confirmer ni infirmer ce pourcentage. Le risque opérationnel, lui, se décrit sans chiffre spectaculaire : sans données de facturation, dossiers clients ou accès aux outils métier, l’entreprise peut voir son activité et sa trésorerie interrompues.

02 Ce que la perte de données détruit réellement

Dans une entreprise, les données ne sont pas des fichiers : elles sont la mémoire des engagements pris. Leur disparition produit des conséquences en cascade, dans un ordre assez constant.

01L’incapacité à facturerCe qui a été livré, à qui, à quel prix, et ce qui reste dû : sans ces informations, la trésorerie s’arrête avant l’activité.
02La rupture de la relation commercialeFichier clients, devis en cours, contrats, historique des échanges. On ne rappelle pas des prospects dont on a perdu la trace.
03L’arrêt des outils métierLes logiciels se réinstallent ; les bases qu’ils exploitent, non. C’est la partie qu’on oublie le plus souvent de sauvegarder correctement.
04L’exposition réglementaireLa perte de données personnelles engage des obligations — notification, information des personnes — que l’entreprise doit assumer en pleine crise.
05La perte de mémoireCe qui a été décidé, testé, corrigé, négocié. Elle ne se reconstitue pas, et son coût n’apparaît sur aucune facture.

03 Les causes que nous rencontrons

Constats de terrain, sur les parcs que nous auditons et reprenons.

CauseCe qui la rend grave
Panne matérielleDisque, serveur, grappe de disques : fréquent, mais rarement fatal si la copie hors site existe
Erreur humaineSuppression, écrasement, mauvaise manipulation. La plus banale, et celle que la rétention courte empêche de rattraper
RançongicielChiffre les données et les sauvegardes accessibles depuis le réseau. C’est le scénario qui transforme un incident en fermeture
Sinistre des locauxIncendie, dégât des eaux, vol. La copie sur place disparaît avec le reste
Corruption silencieuseUne base qui se dégrade sans alerte, et des sauvegardes qui répliquent fidèlement la corruption
Sauvegarde jamais testéeLa cause aggravante commune à toutes les autres — et la seule qui soit entièrement évitable

Une idée reçue mérite d’être corrigée au passage : un espace de stockage en ligne grand public n’est pas une sauvegarde. La synchronisation propage les modifications — y compris une suppression et y compris un chiffrement par rançongiciel — vers toutes les copies. C’est un outil de partage, pas un filet de sécurité.

04 Ce qui protège vraiment

Une politique de sauvegarde tient en quatre décisions, et aucune n’est technique au départ. Combien de temps de travail acceptez-vous de perdre ? En combien de temps devez-vous avoir repris ? Que faut-il sauvegarder, exactement ? Et qui vérifie que cela fonctionne ?

01Plusieurs copies, sur des supports différentsDont une hors de vos locaux, et une hors d’atteinte d’un attaquant qui aurait pris le contrôle du réseau.
02Une fréquence alignée sur ce que vous acceptez de perdreQuotidienne pour des documents, horaire pour une base où l’on saisit en continu.
03Une rétention qui couvre le délai de détectionUne suppression passe souvent inaperçue plusieurs semaines. Une rétention de trois jours ne sert alors à rien.
04Un contrôle quotidien fait par quelqu’unPas un rapport automatique dans une boîte que plus personne n’ouvre.
05Une restauration réellement testéeC’est le seul point qui transforme une configuration en garantie — et le plus souvent absent.

La méthode, les ordres de grandeur et le cas particulier de la messagerie en ligne sont détaillés dans notre guide stratégie de sauvegarde pour une PME. La question de la reprise d’activité — en combien de temps retravaille-t-on ? — est traitée dans le guide sur le plan de reprise.

05 Sources

Le chiffre de 80 % discuté dans le titre est repris par le rapport d’information du Sénat n° 678 de 2021, qui l’attribue à l’assureur Hiscox ; son origine est une déclaration à la presse, pas une étude — les trois sources datées sont en fin d’article. Les constats de terrain mentionnés dans cet article sont issus des audits et reprises de parc conduits par 8TECH (1er semestre 2026, ensemble des clients).

Cet article est relu et daté. Signalez-nous toute inexactitude à contact@8tech.fr.

Et chez vous ?

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Sources et références

Ce que cet article affirme et qui ne vient pas de notre pratique vient d'ici. Chaque référence porte son éditeur et sa date.

01La cybersécurité des entreprises — Prévenir et guérir : quels remèdes contre les cyber virus ? Rapport d'information n° 678 (2020-2021)Sénat, Délégation aux entreprises (S. Meurant, R. Cardon) · 2021-06-10 — reprend le chiffre « 80 % … font faillite dans les 12 mois » en l'attribuant à Hiscox (note 47), et relève que les faillites de PME liées à une cyberattaque sont « très peu documentées »
02Hiscox Cyber Readiness Report 2020Hiscox Group · 2020-06-22 — l'étude désignée par le Sénat (5 569 répondants, 8 pays, terrain décembre 2019 – février 2020) ne contient ni le chiffre de 80 % ni aucune statistique de faillite ; date du communiqué de lancement
03Cyberattaque : 80 % des entreprises ayant perdu leurs données informatiques font faillite dans les 12 moisL'assurance en mouvement (presse professionnelle) · 2020-08-10 — l'origine traçable du chiffre : une déclaration du responsable du marché cyber de Hiscox Assurance France lors de la sortie du rapport 2020 — une phrase de porte-parole, pas une donnée du rapport
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