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Guide pratique · 6 min de lecture

Que faire après une cyberattaque : les premières heures, dans l'ordre

Publié le · 8TECH · sources datées en fin de guide
Isolez les machines touchées du réseau sans les éteindre, ne supprimez et ne réinstallez rien, et prévenez immédiatement votre direction et votre prestataire informatique. Ne payez pas la rançon : le paiement ne garantit ni la clé de déchiffrement, ni l'absence de publication des données volées. Si des données personnelles sont concernées, évaluez le risque pour les personnes : une violation présentant un risque doit être notifiée à la CNIL, si possible dans les 72 heures suivant sa prise de connaissance. Déposez plainte et contactez votre assureur selon les conditions de votre contrat ; pour certaines garanties cyber professionnelles, la plainte doit être déposée au plus tard 72 heures après la connaissance de l'atteinte.
Sommaire · 7 sections

01Les cinq gestes de la première heure

01Isolez, n’éteignez pasDébranchez le câble réseau des machines touchées, coupez le WiFi, déconnectez les disques externes et les sauvegardes accessibles. Mais laissez les machines allumées : l’extinction fait disparaître une partie des éléments d’analyse, et parfois des clés utiles.
02Coupez la propagationSi plusieurs postes sont touchés ou si vous ne savez pas, isolez le réseau de l’extérieur. Mieux vaut une interruption volontaire d’une heure qu’un chiffrement qui continue pendant que vous cherchez.
03Prévenez, en interne d’abordDirection, puis les équipes : personne ne rallume, personne ne rebranche, personne ne saisit ses identifiants. Un collaborateur qui « essaie de voir » peut ruiner ce qui restait.
04Appelez votre prestataireAvec ce que vous savez : quand vous l’avez découvert, ce qui s’affiche, combien de postes semblent touchés, si les sauvegardes sont accessibles depuis le réseau.
05Notez tout, avec les heuresHeure de découverte, ce qui a été fait, par qui. Photographiez les écrans avec un téléphone. Ce relevé servira à l’analyse, à l’assureur, et à la plainte.

02Les trois erreurs qui aggravent tout

Éteindre les machines. Le réflexe est naturel et il est mauvais. La mémoire vive contient des éléments qui disparaissent à l’extinction : processus en cours, connexions actives, parfois des clés de chiffrement. Isolez du réseau, laissez sous tension.

Réinstaller ou nettoyer tout de suite. Formater un poste supprime la preuve de l’entrée. Sans elle, vous ne saurez pas par où l’attaquant est passé — donc vous ne pourrez pas l’empêcher de revenir par le même chemin, ce qui arrive régulièrement.

Restaurer avant d’avoir compris. Remettre en service une sauvegarde sur un environnement encore compromis, c’est offrir une seconde cible. Il faut d’abord établir que le chemin d’entrée est fermé.

03Qui prévenir, et dans quel délai

QuiQuandPourquoi
DirectionimmédiatementLes décisions qui suivent — arrêt d’activité, communication, paiement — lui appartiennent
Prestataire informatiqueimmédiatementConfinement, analyse, restauration
Assureurdans les délais du contrat, souvent très courtsBeaucoup de polices imposent une déclaration sous 24 à 72 heures et le recours à leurs experts
CNIL72 heures après la prise de connaissanceObligatoire si des données personnelles sont concernées, à moins que la violation ne soit pas susceptible d’engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes
Personnes concernéessans délai injustifiéSi le risque pour leurs droits et libertés est élevé
Dépôt de plainteAu plus tard 72 h après connaissance de l’atteinte pour la garantie cyber concernéeCondition légale de certaines indemnisations des professionnels ; déposez plainte rapidement dans tous les cas
Clients et partenairesselon l’impactMieux vaut l’apprendre de vous que d’une fuite publiée

La notification CNIL et la plainte pour certaines garanties cyber ont chacune leur propre délai de 72 h et leurs propres conditions. Sources officielles en fin de guide.

Le délai de 72 heures court à partir du moment où vous prenez connaissance de la violation, pas de la date de l’attaque. Si vous ne disposez pas encore de toutes les informations, la notification peut être faite en plusieurs temps — mieux vaut notifier incomplet dans le délai que complet hors délai.

04Faut-il payer la rançon ?

La réponse courte est non, et la réponse longue mérite d’être connue avant d’être en situation de se la poser.

Payer n’achète pas ce qu’on croit. Vous obtenez au mieux un outil de déchiffrement, souvent lent et partiel : la restauration reste longue, et une partie des données ne revient pas. Vous n’obtenez aucune garantie sur les données déjà exfiltrées, qui peuvent être publiées ou revendues malgré le paiement. Vous signalez enfin que votre entreprise paie, ce qui augmente la probabilité d’une seconde attaque.

Le paiement finance également l’écosystème qui a produit l’attaque, et selon l’entité destinataire, il peut vous exposer juridiquement. La position des autorités françaises est constante sur ce point : ne pas payer.

La seule situation où la question se pose réellement est celle d’une entreprise sans sauvegarde exploitable dont l’activité s’arrête. C’est-à-dire une entreprise pour laquelle la décision s’est jouée des mois plus tôt, le jour où personne n’a testé la restauration.

05Reprendre l’activité

La reprise suit un ordre, et le sauter coûte cher.

01Établir le périmètreCe qui est touché, ce qui ne l’est pas, et par où l’attaque est entrée. Sans cette étape, tout le reste est fragile.
02Fermer le chemin d’entréeCompte compromis désactivé, mot de passe changé partout, accès distant refermé, correctif appliqué. Puis seulement, on reconstruit.
03Reconstruire sur du propreSystèmes réinstallés plutôt que nettoyés, données restaurées depuis une copie antérieure à la compromission — et non depuis la plus récente, qui peut déjà la contenir.
04Renouveler tous les secretsMots de passe, clés, jetons, y compris ceux des services en ligne et des prestataires. Un attaquant qui a eu accès a pu en collecter beaucoup.
05Remettre en service par étapesEn commençant par ce qui fait tourner l’activité, avec une surveillance renforcée pendant les jours qui suivent.

La durée de cette reprise est ce que mesure le délai de rétablissement d’un plan de continuité. Si vous ne l’avez jamais estimée, vous la découvrirez à ce moment-là — voir le guide construire un PRA pour une PME.

Plan de reprise d’activité

Deux délais à décider avant l’incident.

La reprise se prépare en définissant la perte de données acceptable et le temps maximal avant le retour du service.

  1. 01
    Dernière copieRPO

    Le RPO fixe la quantité de données que l’activité peut perdre.

  2. 02
    IncidentAlerte

    On isole, on comprend et on choisit le mode dégradé.

  3. 03
    Service rétabliRTO

    Le RTO fixe le temps acceptable pour reprendre l’activité.

Ces objectifs se chiffrent par service ; ils ne sont pas une garantie sans plan et contrat adaptés.

06Les jours suivants

La crise ne se termine pas au redémarrage. Trois choses restent à faire, et ce sont elles qui déterminent si l’incident aura servi à quelque chose.

Le retour d’expérience écrit. Chronologie, chemin d’entrée, ce qui a fonctionné, ce qui a manqué, décisions prises et leur motif. Rédigé pendant que les souvenirs sont frais, il vaut mieux que n’importe quel audit théorique.

Le plan de correction. Les mesures qui auraient empêché ou limité l’attaque, ordonnées, chiffrées, avec une échéance. C’est le moment où une organisation accepte des changements qu’elle refusait six mois plus tôt.

La surveillance renforcée. Les retours d’attaquants sur un environnement déjà compromis sont fréquents dans les semaines qui suivent. Une supervision accrue pendant cette période est justifiée.

07Ce qu’il fallait avoir préparé

Si vous lisez ce guide sans être en crise, voici la partie utile. Quatre choses, qui se préparent en quelques jours et changent tout le jour venu.

À préparerCe que ça évite
Une sauvegarde hors d’atteinte, restaurée au moins une foisLa question de la rançon ne se pose plus
La liste des numéros à appeler, hors du système d’informationChercher le contact de son assureur dans une messagerie chiffrée
Un inventaire à jour de ce qui tourneDes heures perdues à établir le périmètre en pleine crise
Les conditions de votre police d’assurance, lues avantDécouvrir un délai de déclaration dépassé

Sources : obligations de notification issues du règlement général sur la protection des données (articles 33 et 34) ; recommandations des autorités nationales en matière de réponse à incident — sources datées en fin de guide. 8TECH est labellisée ExpertCyber — où le vérifier. Les constats de terrain proviennent des incidents traités par nos équipes (1er semestre 2026, ensemble des clients).

Pour vérifier

Sources et références

Ce que ce guide affirme et qui ne vient pas de notre pratique vient d'ici. Chaque référence porte son éditeur et sa date.

01Attaques par rançongiciels, tous concernésANSSI / Ministère de la Justice (DACG) · 2020-09-04 — ne pas payer, préserver les preuves, déposer plainte : la doctrine officielle
02Notifier une violation de données personnellesCNIL · 2018-05-24 — la notification à la CNIL sous 72 heures si la violation présente un risque pour les personnes
03Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 33 et 34Parlement européen et Conseil / EUR-Lex · 2016-04-27 — art. 33 : notification à l'autorité « dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance », informations pouvant être communiquées de manière échelonnée ; art. 34 : communication aux personnes « dans les meilleurs délais » en cas de risque élevé
04Violations de données personnelles : les règles à suivreCNIL · 2018-06-19 — le délai de 72 h court à partir de la prise de connaissance, la notification peut être échelonnée, et les personnes concernées doivent être informées au plus tôt si le risque est élevé
05La cybersécurité pour les TPE/PME en treize questionsANSSI / DGE · 2021-02-18 — question 12 « Savez-vous comment réagir en cas de cyberattaque ? » : déconnecter d'Internet, ne pas éteindre ni modifier les matériels, ouvrir une main courante, ne jamais payer, porter plainte, déclarer à la CNIL — PDF version 2.5, novembre 2024
06Article L12-10-1 du Code des assurancesLégifrance · 2023-04-24 — pour certaines indemnisations de cyberattaque de professionnels, plainte dans les 72 heures après connaissance de l'atteinte
0717Cyber, mon assistance en ligneCybermalveillance.gouv.fr · 2026-01-28 — parcours national d'assistance en ligne aux victimes
Après la crise

Vérifier que cela ne se reproduira pas de la même façon.

Un audit de sécurité identifie par où l'attaque est entrée, ce qui a permis sa propagation, et ce qui doit être corrigé en priorité. Le rapport vous appartient et sert aussi à votre assureur.

Demander un audit de sécuritésans contrat préalable · rapport écrit et priorisé